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Quand l'air que nous respirons devient le risque : réflexions sur l'épidémie de légionellose à Bâle

  • 6 août
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Légionelles sur fond bleu

Un mot avant de commencer : nos pensées vont d'abord aux personnes touchées à Bâle, à la famille qui pleure une perte, et aux dizaines de personnes encore en convalescence. Ce texte est une tentative de comprendre ce qui s'est passé et pourquoi, et de poursuivre une conversation que notre secteur doit continuer à avoir.


Ce qui s'est passé


Au cours des deux dernières semaines de juillet 2026, le département de la santé du canton de Bâle-Ville a enregistré une hausse inhabituelle des cas de légionellose. Début août, le canton avait confirmé 26 cas, dont 25 ayant nécessité une hospitalisation, sept aux soins intensifs. Une personne est décédée.


Les enquêteurs ont retracé le foyer épidémique jusqu'à des tours de refroidissement. La plupart des patients n'avaient pénétré dans aucun bâtiment lié à ces tours. Les autorités cantonales ont indiqué que beaucoup avaient probablement été infectés simplement en marchant à l'extérieur, le vent pouvant transporter de fines gouttelettes d'eau depuis une tour de refroidissement en toiture jusqu'au niveau de la rue, loin de la source elle-même. Ce détail mérite qu'on s'y arrête. Il ne s'agissait ni d'une exposition professionnelle, ni d'une infection contractée à l'hôpital. Elle était ambiante. Cela aurait pu arriver à n'importe qui rentrant chez lui.


Le laboratoire cantonal a analysé dix installations de refroidissement situées près du foyer épidémique. Huit dépassaient les limites réglementaires pour la légionelle. Deux, sur un toit au-dessus de la Rebgasse, présentaient des taux élevés de Legionella pneumophila, l'espèce responsable de la grande majorité des infections humaines, et ont été mises à l'arrêt pour assainissement. Les six autres installations abritaient des souches non pathogènes ne présentant aucune menace immédiate, mais ont néanmoins reçu l'ordre d'interrompre toute émission potentielle par précaution.



Pourquoi les tours de refroidissement, et pourquoi maintenant


Les tours de refroidissement sont omniprésentes dans les villes modernes — hôpitaux, centres de données, immeubles de bureaux, centres commerciaux, sites industriels — où elles accomplissent le travail peu glorieux d'évacuer la chaleur des systèmes de climatisation et de refroidissement industriel. Sur le plan structurel, elles réunissent aussi des conditions proches de l'idéal pour la légionelle : une eau tiède (typiquement entre 25 °C et 45 °C), des surfaces propices à la formation de biofilm, et un mécanisme — le processus de refroidissement lui-même — qui aérosolise l'eau par conception.


Rien de tout cela n'est un savoir ésotérique. Le risque lié à la légionelle dans les tours de refroidissement est bien connu, bien réglementé, et normalement bien maîtrisé. Des épidémies comme celle de Bâle sont l'exception, pas la règle. Mais elles rappellent qu'une bonne maîtrise dépend entièrement de la rapidité et de la constance avec lesquelles une installation détecte le moment où les conditions commencent à dériver — et c'est précisément là que réside la véritable difficulté.



L'écart entre conformité et maîtrise


La plupart des exploitants de tours de refroidissement testent la présence de légionelle et la charge microbienne générale selon un cycle mensuel ou trimestriel, conformément aux exigences réglementaires. Ce rythme s'explique par le fait que les méthodes de culture en laboratoire demandent plusieurs jours pour livrer des résultats, et que des tests plus fréquents ont longtemps été coûteux et lents.


Le problème, c'est que les populations microbiennes ne suivent pas un rythme mensuel. Une défaillance du dosage du biocide, un changement de charge thermique, une zone de stagnation dans la tuyauterie : chacun de ces événements peut faire passer une population bactérienne d'un niveau de fond à un enjeu de santé publique en quelques jours, parfois quelques heures. Le temps qu'un échantillon mensuel soit prélevé, mis en culture et analysé, la fenêtre pendant laquelle une intervention aurait été possible s'est souvent déjà refermée. Une installation peut être parfaitement conforme à son calendrier de tests et se trouver, sans le savoir, hors de contrôle pendant des semaines.


Ceci n'est pas une critique visant un exploitant en particulier, ni à Bâle ni ailleurs. C'est une caractéristique structurelle de la manière dont le secteur mesure le risque microbien depuis des décennies. Les tests de conformité indiquent où l'on se trouvait, pas où l'on se trouve.



À quoi ressemble le fait de combler cet écart


Le point encourageant de cette histoire, c'est que cet écart peut être comblé. La surveillance microbienne continue ou fréquente en ligne — un échantillonnage automatique de l'eau toutes les heures plutôt qu'une fois par mois — ne remplace pas les tests réglementaires en laboratoire, mais elle transforme ce qui devient possible sur le plan opérationnel :


  • Les écarts deviennent visibles en quelques heures, pas en quelques semaines. Un pic du nombre de cellules peut déclencher une alerte et une réaction le jour même, plutôt que d'être découvert rétrospectivement dans un rapport de laboratoire.


  • Le dosage du biocide peut être vérifié, et non simplement supposé. Les exploitants peuvent confirmer que le traitement fonctionne réellement, au lieu d'attendre le prochain échantillon programmé pour découvrir que ce n'était pas le cas.


  • Le retour à la normale peut être confirmé avant la reprise de l'exploitation. Après une intervention, les équipes peuvent constater la baisse des niveaux avant de déclarer le système à nouveau sûr.


Rien de tout cela n'est une solution miracle, et aucune technologie de surveillance ne remplace un bon entretien mécanique, des programmes de biocides appropriés et une supervision réglementaire, qui restent tous indispensables. Ce que la surveillance continue apporte, c'est du temps : le temps entre le moment où un système commence à déraper et le moment où quelqu'un en est informé. Face à un risque comme la légionelle, où une épidémie peut se développer et se propager en quelques jours, ce temps fait souvent toute la différence entre un incident évité de peu et un titre de journal.



Ce que cela nous laisse


Nous travaillons dans le domaine de la surveillance microbiologique continue de l'eau, il serait donc malhonnête de prétendre que Bâle ne touche pas directement notre secteur. Ce qui nous intéresse, c'est l'évolution plus large actuellement en cours, tant sur le plan technologique que dans l'environnement qui l'entoure : les outils permettant de combler l'écart entre les tests de conformité et une conscience en temps réel existent déjà, et leur déploiement devient de plus en plus accessible.


Pour la plupart des exploitants de tours de refroidissement, la réponse honnête à une question simple — comment sauriez-vous vraiment si quelque chose a changé aujourd'hui ? — reste encore : « nous le découvrirons le mois prochain ». Cet écart mérite d'être comblé, quel que soit celui qui y contribue.


Nos pensées restent avec toutes les personnes touchées à Bâle.



Sources : communiqués du département de la santé du canton de Bâle-Ville (août 2026) ; reportages de l'AFP, de SWI swissinfo.ch et de The Local Switzerland.




 
 
 

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